Montage en un seul conte de plusieurs variantes populaires de AT312 - La Barbe Bleue

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Judex
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Montage en un seul conte de plusieurs variantes populaires de AT312 - La Barbe Bleue

Message par Judex »

Il existe diverses versions régionales ou même étrangères de la Barbe Bleue ou le dit personnage n'a pas le même nom via la couleur de Barbe (or, roux) ou est un animal ou un démon.
La pièce interdite n'existe pas dans certaines variantes.Parfois la clé parle, ou elle est remplacée par un œuf, par une fleur, par des jarres avec liquides dorés ou argent...

Et si une bonne partie de ces contes s'assemblaient pour en faire une histoire cohérente !



LA BARBE BLEUE FUSION ULTIME DE PLUSIEURS VARIANTES DU CONTE ANNA THOMPSON UNITÉ 312.

Il était une fois un homme de six pieds de haut qui avait de belles maisons à la ville et à la campagne, de la vaisselle d’or et d’argent, des meubles en broderies, et des carrosses tout dorés. Mais, par malheur, cet homme avait Barbe-Bleue : cela le rendait si laid et si terrible, qu’il n’était personne qui ne s’enfuît de devant lui. Cette barbe bleue était si gigantesque qu’elle lui descendait jusqu’à la ceinture. C’est pourquoi on l’appelait Barbe-Bleue.
Cet homme, nous l’avons dit plus haut, était riche comme la mer. Pourtant, il ne faisait jamais l’aumône. Jamais il ne mettait le pied dans une église, sauf dans une petite chapelle qu’il possédait en son château ou dans une autre pièce où il demandait à un prêtre de procéder au mariage. Le prêtre n’était ensuite plus jamais revu dans les environs, mais sa disparition, bien que commentée, ne semblait surprendre jamais personne.
IL fut marié quatorze fois et ses épouses disparurent toutes sans explication aucune.
On racontait d’étranges choses : soit elles s’étaient enfuies à cause de la cruauté de l’homme, soit il les avait tuées. On commentait aussi le fait que certaines de ses femmes avaient probablement été kidnappées et s’étaient retrouvées mariées de force avec lui.
Enfin, le Roi de France fut avisé de ces mauvais bruits. Aussitôt, il envoya force soldats pour arrêter le méchant homme, et un grand juge rouge pour l’interroger. Pendant sept ans, ils battirent les bois et les montagnes ; mais Barbe-Bleue se cachait je ne sais où.
Ils ne trouvèrent aucune preuve dans ses châteaux et diverses propriétés. Et certaines pièces fermées à clefs ne pouvaient être franchies, peu importe leurs essais.
Les soldats et le grand juge rouge repartis, Barbe-Bleue reparut, plus méchant, plus terrible que jamais. C’était au point que nul n’osait se hasarder à sept lieues autour de son château.
Près d’une grande forêt vivaient un vieil homme et une vieille femme, dame de qualité qui s’en alla un jour vivre en campagne boisée avec son mari, et qui avaient trois fils et deux filles. Un jour qu’ils étaient assis ensemble sans penser à rien, un splendide carrosse arriva soudainement et s’arrêta devant leur maison. Un digne gentilhomme descendit du carrosse, entra dans la maison et engagea la conversation avec le père et ses filles. Il demanda aux parents s’il pouvait prendre l’une des deux sœurs pour épouse.
Cela parut au père être un bon mariage, et il désirait depuis longtemps voir ses filles établies de son vivant. Cependant, les deux sœurs ne pouvaient se résoudre à dire oui, car l’étrange chevalier avait une barbe entièrement bleue, ce qui les faisait frémir de peur chaque fois qu’ellse le regardaient. Ce qui les dégoûtait encore, c’est qu’il avait déjà épousé plusieurs femmes, et qu’on ne savait ce que ces femmes étaient devenues, comme nous l’avons expliqué ci-haut. Enfin, il avait réputation d’être fort méchant homme.
Barbe-Bleue, pour faire connaissance, les mena, avec leur mère et trois ou quatre de leurs meilleures amies, à une de ses maisons de campagne, où on demeura huit jours entiers. Ce n’étaient que promenades, que parties de chasse et de pêche, que danses et festins, que collations : enfin tout alla si bien que la cadette nommée Catherine commença à trouver que le maître du logis était un fort honnête homme.
Elle demanda au moins à ses deux frères qui étaient militaires : dragons l’un et mousquetaires l’autre. Ils ne trouvèrent rien à redire et lui déclarèrent qu’l était préférable qu’elle épousât Barbe-Bleue qui était un bon parti, mais que, cependant, comme des rumeurs couraient sr un homme étrange portant ce nom et une barbe de cette couleur, et bien qu’ils ignorassent que ce fusse lui et ne savaient qu’en penser, ils lui demandèrent de les prévenir au cas où les choses tourneraient mal pour elle. Dès qu’on fut de retour à la ville, le mariage se conclut.
Un jeune orphelin avait grandi dans la maison du seigneur et avait d'abord servi comme gardien d'oies, puis comme page. Il était toujours connu sous le nom de Goose-Tony. Il était presque du même âge que la jeune mariée, avec qui il avait grandi en jouant ensemble. Il se disait que le riche prétendant était un meurtrier, et son cœur lui disait que cela était vrai. Il avait des pressentiments qui ne l'avaient jamais trompé. Le garçon fut réprimandé et menacé pour ses accusations, mais ses avertissements firent tellement d'impression qu'il fut autorisé à accompagner Catherine à sa nouvelle maison.
Chaque matin, dès la pointe de l’aube, Barbe-Bleue montait à cheval, et partait, suivi de ses trois dogues, grands et forts comme des taureaux. Il ne rentrait qu’à l’heure du souper. Tout le long du jour, sa femme ne bougeait pas de la fenêtre. Elle regardait là-bas, là-bas, dans la campagne, et songeait bien tristement car elle s’ennuyait sans visite aucune.
Barbe-Bleue commença bizarrement à haïr Catherine et le lui fit bien sentir alors qu’ils étaient mariés depuis peu. Elle ignorait pourquoi ce changement brusque, souffrant mort et passion, pleurant toutes les larmes de ses yeux.
Quelques jours plus tard, Goose-Tony lui fit une autre mise en garde, après quoi il disparut mystérieusement, et on ne retrouva aucune trace de lui.
Parfois, venait s’asseoir auprès de sa maîtresse une bergerette, jolie comme un cœur, et sage comme une sainte.
— « Madame, lui disait-elle, je connais vos pensées. Vous vous méfiez des valets et des servantes de ce château. Madame, vous n’avez pas tort. Mais moi, je ne suis pas née pour vous trahir. Madame, contez-moi vos peines. »
Catherine se taisait. Mais un jour elle parla.
— « Bergerette, jolie Bergerette, si tu me trahis, le Bon Dieu et la sainte Vierge te puniront. Écoute. Je vais te conter mes peines. Bergerette, nuit et jour, je songe à mon pauvre père, à ma pauvre mère. Je songe à mes deux frères, partis depuis sept ans passés à l’étranger, pour le service du roi de France. Bergerette, jolie Bergerette, si tu me trahis, le Bon Dieu et la sainte Vierge te puniront.
— Madame, je ne vous trahirai pas. Écoutez. J’ai grand pouvoir sur un geai parlant. Quand vous voudrez, il ira tout conter à vos deux frères, partis, depuis sept ans passés à l’étranger pour le service du roi de France.
— Merci, Bergerette. Attendons le bon moment. »
Désormais, Catherine et la jolie Bergerette devinrent grandes amies. Mais elles ne parlèrent plus de rien, craignant d’être vendues par les valets et servantes du château.
Au bout d’un an, Barbe-Bleue dit à Catherine qu’il était obligé de faire un voyage en province, de six mois au moins, pour une affaire de conséquence ; qu’il la priait de se bien divertir pendant son absence ; qu’elle fît venir ses bonnes amies ; qu’elle les menât à la campagne, si elle voulait ; que partout elle fît bonne chère.
— Voilà, lui dit-il, sept clés : la clef des deux grands garde-meubles ; voilà celle de la vaisselle d’or et d’argent, qui ne sert pas tous les jours ; voilà celle de mes coffres-forts où est mon or et mon argent ; celle des cassettes où sont mes pierreries, et voilà le passe-partout de tous les appartements. Pour cette petite clef-ci, c’est la clef du cabinet au bout de la grande galerie de l’appartement bas ainsi que de la chapelle : ouvrez tout, allez partout ; mais, pour ce petit cabinet et la chapelle, je vous défends d’y entrer, et je vous le défends de telle sorte que, s’il vous arrive de l’ouvrir, il n’y a rien que vous ne deviez attendre de ma colère.
Elle promit d’observer exactement tout ce qui lui venait d’être ordonné.
Il lui mit alors en cadeau une rose dans ses cheveux et se retrouva aussitôt tout satisfait.
— Maintenant, deux précautions valent mieux qu’une, je serais tout à fait certain de savoir si oui ou non tu es entrée en ces lieux interdits.
Le lendemain matin, dès la pointe de l’aube, Barbe-Bleue partit au galop sur son cheval noir, suivi de ses trois dogues, grands et forts comme des taureaux.
Les voisines et les bonnes amies n’attendirent pas qu’on les envoyât quérir pour aller chez la jeune mariée, tant elles avaient d’impatience de voir toutes les richesses de sa maison, n’ayant osé y venir pendant que le mari y était, à cause de sa barbe bleue, qui leur faisait peur. Les voilà aussitôt à parcourir les chambres, les cabinets, les garde-robes, toutes plus belles et plus riches les unes que les autres. Elles montèrent ensuite aux garde-meubles, où elles ne pouvaient assez admirer le nombre et la beauté des tapisseries, des lits, des sophas des cabinets, des guéridons, des tables et des miroirs où l’on se voyait depuis les pieds jusqu’à la tête, et dont les bordures, les unes de glace, les autres d’argent et de vermeil doré, étaient les plus belles et les plus magnifiques qu’on eût jamais vues. Elles ne cessaient d’exagérer et d’envier le bonheur de leur amie, qui, cependant, ne se divertissait point à voir toutes ces richesses, à cause de l’impatience qu’elle avait d’aller ouvrir le cabinet de l’appartement bas. et de la chapelle
Catherine fut si pressée de sa curiosité, que, sans considérer qu’il était malhonnête de quitter sa compagnie, elle y descendit par un petit escalier dérobé, et avec tant de précipitation qu’elle pensa se rompre le cou deux ou trois fois.
Puis elle se décida à ne pas abandonner ses invités et remonta leur tenir compagnie, non sans que sa pensée n’aille vers ce cabinet interdit.
Enfin, les invités partirent et il ne resta que sa sœur, Anne, qui alla se coucher dans les chambres réservées à l’étage. Elle devait rester vivre plusieurs mois avec elle et les domestiques afin de lui tenir compagnie en l’absence de Barbe-Bleue.
Pendant trois mois, Catherine fit comme le maître avait commandé. Avec les six grandes clefs, elle n’ouvrit que les chambres et les armoires du château. Mais elle pensait cent fois par jour :
— « Je voudrais bien savoir ce qu’il y a dans le cabinet et la chapelle. »
Cela ne pouvait durer longtemps.
— « Bah ! se dit-elle un jour, contentons mon envie. Barbe-Bleue ne le saura pas. »
Aussitôt dit, aussitôt fait. Catherine appela la jolie Bergerette.
Étant arrivées à la porte du cabinet, elles s’y arrêtèrent quelque temps, songeant à la défense que Barbe-Bleue avait faite à la Dame, sa femme, et considérant qu’il pourrait leur arriver malheur d’avoir été désobéissantes ; mais la tentation était si forte, qu’elles ne purent la surmonter. Catherine prit donc la petite clef, et ouvrit en tremblant la porte du cabinet.
Elle y entra avec la Bergerette.
D’abord elle ne vit rien, parce que les fenêtres étaient fermées. Après quelques moments, elle commença à voir que le plancher était tout couvert de sang caillé, et que, dans ce sang, se miraient les corps de plusieurs femmes mortes et attachées le long des murs.
—Sainte Vierge ! Huit crocs de fer. Sept femmes mortes accrochées.
C’étaient toutes les femmes que Barbe-Bleue avait épousées depuis son retour en France, et qu’il avait égorgées l’une après l’autre. Il les avait décapitées et leurs têtes reposaient alignées comme des trophées sur une table, le sang ayant été mis en des jarres. Elles pensèrent toutes deux mourir de peur, et la clef du cabinet que Catherine, qui tentait de refermer la porte, venait de retirer de la serrure, lui tomba de la main et roula vers une grande cuve qui se trouvait engoncée dans une cavité du sol en-dessous des femmes mortes...
Mais la petite clef tomba dedans. Les deux femmes osèrent s’en approcher et virent avec horreur que ces cuves étaient remplies de sang. La jolie Bergerette la ramassa.
Après avoir un peu repris ses sens, Catherine demanda à la Bergerette de ramasser la clef dans la cuve si elle le pouvait car elle était trop horrifiée pour l’y aller chercher. La Bergerette ramassa la clef, et tenta de fermer à nouveau la porte, mais cette dernière s’évertua à rester malgré toutes les tentatives possibles entrouverte, comme si un coin invisible empêchait la porte de se refermer correctement.
La Bergerette finit par arrêter toute tentative par exaspération et désespoir et, avec sa maîtresse Catherine, toutes deux montèrent à la chambre de Catherine pour se remettre un peu ; mais elles n’en pouvaient plus, tant elles étaient horrifiées.
Malheur ! Ayant remarqué que la clef du cabinet était tachée de sang, les deux femmes, paniquées, essayèrent de nombreuses fois jusqu’au coucher du soleil de la nettoyer, de la fourbir même, dirions-nous, pour en enlever le liquide incriminé qui la marquait ; mais le sang ne s’en allait point : elle eut beau la laver, et même la frotter avec du sablon et avec du grès, du vinaigre et du sel, des cendres chaudes, avec de la prêle, il demeura toujours du sang, car la clef était fée, et il n’y avait pas moyen de la nettoyer tout à fait : quand on ôtait le sang d’un côté, il revenait de l’autre et même pire : Plus les deux malheureuses frottaient, plus la tache de sang se montrait en rouge sur le fer.
Enfin, la petite clef parla.
— « Frottez, femmes. Certes, vous pouvez bien frotter. Ma tache de sang ne partira jamais, jamais. Dans sept jours, Barbe-Bleue sera de retour. »
Les deux femmes paniquèrent.
Puis la Bergerette remarqua que la rose dans les cheveux de Catherine était toute fanée. Catherine comprit alors ce que lui avait dit son époux par deux précautions, mais la Bergerette, qui apprit le fin mot de l’histoire, lui tint ce conseil :
— Cela n’est point grave. Magique ou non, une rose s’effane si tu t’approches trop près d’un âtre brûlant ou bien que tu tombes et l’abîmes sans le vouloir. Cette clé dont le sang ne veut point s’en aller et qui parle est notre plus grand problème.
Cependant, elles décidèrent d’enquêter davantage et de continuer à parcourir le château.
Elles se savaient déjà perdues et se dirent qu’elles devaient aller jusqu’au bout puisque leur destin serait d’être tuées par le monstre.
Il restait une salle interdite à visiter : la chapelle. Et Catherine et la Bergerette résolurent d’aller l’ouvrir. Cependant la clé riait et se moquait d’elle, sachant que tout ce qui se passerait se terminerait pour elles dans le silence de la tombe.
Mais en visitant les chambres du château, elles arrivèrent en haut de la tour Nord (il y avait trois tours au Nord, une à l’Ouest et une au Sud), et virent un vieux moine qui avait été enfermé là par Barbe-Bleue.
— Que faites-vous ici, mon bon vieillard ? demanda Catherine
— Je suis le père Jacques. Je suis le prêtre qui a marié Barbe-Bleue une première fois en l’église de ces lieux et le seul à qui il a laissé la vie. Il m’a un jour kidnappé après la mort de sa première femme et m’a confessé, à moi, ses horribles crimes avant de m’enfermer ici et de ne jamais me laisser repartir. Je suis ici depuis longtemps. Jamais les autres femmes n'étaient montées à la tour. Vous êtes la première et je m’interroge donc…
Les deux femmes lui apportèrent à manger car les domestiques, il s’en plaignit, ne l’avaient point nourri encore en ce jour. Le père Jacques lui a appris que Barbe-Bleue le maintenait enfermé dans cette tour pour le prévenir si des gens « indésirables » venaient au château. Catherine se mit à conter son histoire :
— Mon mari m'avait défendu d'aller dans une petite chambre et dans la chapelle… dit Catherine tandis que la Bergerette acquiesçait.
Cependant, Catherine de continuer à frotter la clé tachée de sang car, malgré les moqueries de la clé parlante, elle espérait bien finir par trouver un moyen de la débarrasser de cet encombrant sang qui les trahissait toutes deux, la Bergerette et elle.
— Oh ! Ma pauvre dame ! Qu'avez-vous fait ! Vous allez subir le même sort que ses autres épouses…
— Ah !
— Barbe-Bleue a tué ses treize femmes, dit le vieux, et avant de les tuer, il leur passait quelque chose sous les pieds qui les faisait rire, puis, après, ça leur faisait mal. Et il les tuait toutes de différentes manières…
Elles promirent au père Jacques de revenir le voir prestement, qu’elles avaient encore des choses à faire.
— Nous devrions prévenir ma sœur Anne qui se trouve dans sa chambre à l’étage, à côté de la mienne. Elle ignore encore tout de ce qui se passe et du danger qui nous guette, déclara Catherine.
— Nous devrions attendre d’avoir plus de preuves et ensuite de trouver un moyen de nous sortir d’ici sans pour autant chercher à nous enfuir de peur qu’il nous retrouve un jour et nous fasse un sort. Il serait temps que le monstre ne puisse plus se cacher ni faire profil bas pour échapper à la justice. Comment a-t-il pu cacher tant de choses de la sorte même à ses domestiques ? J’ignorais ce qui se passait lorsque je voyais mes maîtresses disparaître sans explications et sans doute ne suis-je point la seule en ces lieux qui soit en pareil cas ? déclara la Bergerette.
Elles se rendirent à la chapelle.
— Je vais en profiter pour prier », se dit Catherine, « et me préparer pour le salut de mon âme.
Catherine et la Bergerette entrèrent dans la chapelle, qui étincelait de lumières. Tous les cierges étaient allumés. Elle fut très surprise et eut grand-peur lorsqu'elle vit trois pierres énormes, trois tombes, devant l'autel. Catherine s'agenouilla, la Bergerette à ses côtés, et commença sa prière, la mêlant de larmes et de sanglots.
Soudain, elle entendit une voix dire : « Pauvre Catherine ! »
Aussitôt une seconde voix dit : « Pauvre Catherine ! »
Puis une troisième voix répéta très tristement : « Pauvre Catherine ! »
Au même moment, les pierres qui couvraient les trois tombes se soulevèrent.
« Qui êtes-vous, » demanda-t-elle, effrayée par ces voix d’outre-tombe, « vous qui me plaignez tant ? »
Trois femmes enveloppées de linceuls sortirent des tombes et lui répondirent :
— Nous sommes les trois premières femmes tuées par Barbe-Bleue sur les treize qu’il a assassinées, et tu seras la quatorzième, si tu ne parviens pas à te sauver. Inutile cependant de t’enfuir, il te rattraperait. La seule solution serait d’appeler du secours afin qu’il parvienne à temps et découvre les preuves en ce château.
— Il y en a d’autres qu’il a aussi tuées.
– Certaines d’entre nous reposent en ce fleuve que tu vois couler en bas de ce château, noyées. Tu ne découvriras pas les trophées qu’il conserve en ce lieu car ces preuves sont dissimulées en la petite grotte camouflée au sein de la colline que tu vois si tu regardes des remparts nord de la forteresse. Il y conserve soigneusement les vêtements des mortes avec un fétichisme croissant.
Catherine et la Bergerette tremblèrent.
Les fantômes continuèrent :
- Moi, dit la première dame, j’avais nom Jeanne-Marie, et je fus pendant dix ans la femme de Barbe-Bleue. Au début, c’était un homme bon et pieux avec lequel j’eus trois enfants : deux garçons et une fille. Puis, subitement, il me prit en haine sans lui-même savoir pourquoi, ainsi que nos trois enfants. Un jour, au sortir de la messe, ladite messe étant officiée par le bon Père Jacques, il m’empoisonna ainsi que nos trois enfants dont il jeta les cadavres aux loups tandis qu’il m’enterrât en cette chapelle.
— Moi, dit la seconde dame, j’avais nom aussi Catherine et je fus une belle nuit sans lune kidnappée par ce félon qui me retint en cette chapelle pendant qu’il allât chercher un bon moine pour nous marier. En ce temps-là, le bon père Jacques avait disparu et il ramena le moine qui officiait en ce village : il le contraignit à nous marier sous la menace puis nous étrangla tous deux avec une corde qu’il avait prise à cet effet. Il donna le moine en pâture aux loups et l’m’enterrât en cette chapelle.
La troisième raconta elle aussi son malheur :
- Je me nommais Marie et je fus arrachée de force en ma famille qui ne put résister aux brutalités de ce seigneur qui, en ce temps-là, vivait reclus en ces terres il y a plus de neuf ans de cela. Il fit venir un moine et il le fit nous marier sous la menace avant de nous battre à mort tous les deux en nous donnant forces coups de bâton. Le cadavre du mien fut abandonné aux loups et moi, je fus enterré en cette chapelle.
Le fantôme de Jeanne-Marie reprit :
- Il abandonna ensuite ce lieu et consacra avant d’y revenir et consacra son temps à camoufler les preuves en cette caverne qui est un lieu discret, connu de lui seul, et non des autorités. Vous y trouverez non des corps, mais néanmoins des preuves de sa criminalité qui ont échappé au Roi de France. Après avoir poursuivi sa carrière criminelle à l’étranger, il est revenu enhardi en ce pays et a magiquement créé le cabinet interdit où vous avez trouvé les autres victimes de sa barbarie. Seul le dépositaire de la clé magique et qui parle y peut entrer, sinon la porte qui y mène résiste aux plus téméraires.
Et les trois fantômes disparurent de la face du monde et des yeux de la Bergerette et de Catherine, horrifiées.
Elles continuèrent leurs investigations et allèrent dans la caverne sous la colline. Horreur !
Le fleuve y passait et tout l’endroit sentait l'odeur de l'eau croupie. Il y avait là trois robes de femmes, accrochées à des crochets, encore humides pour certaines, raides et grises pour d'autres. Et sous chaque robe, posée sur une planche de bois : une paire de souliers.
Quelle horrible situation : elles avaient affaire à un tueur de femmes qui en plus était kidnappeur, meurtrier de prêtres, et sans doute pire encore ! Un monstre ! Pas étonnant qu’il eût Barbe-Bleue : sans doute le diable lui-même la lui avait teinte ainsi avant que de le mettre à son service.
Elles rentrèrent au château, affolées, ayant à présent toutes les preuves possibles pour la faire condamner par le Roi de France si elles s’y prenaient bien. Elles ignoraient comment il avait pu échapper à la justice et comment ces portes et ces preuves avaient résisté aux enquêteurs royaux, mais il fallait confronter le monstre et l’envoyer brûler en place de rêve si possible. Pour cela, hors de question de s’enfuir, il fallait rester et demander secours, peu importe le danger et même si elles craignaient farouchement pour leurs vies.
Alors, la jolie Bergerette dit à sa maîtresse :
— « Madame, le bon moment est venu de dépêcher le geai parlant. — Cac cac cac. »
À ce cri, le geai parlant entra par la fenêtre.
— « Cac cac cac. Jolie Bergerette, que me veux-tu ?
— Geai parlant, pars pour l’étranger. Pars pour l’armée du Roi de France. Là, tu diras aux deux frères de ma maîtresse : « Vite, vite, courez au secours de votre sœur, prisonnière au château de Barbe-Bleue. »
Catherine avait une petite chienne qui connaissait bien la route pour aller aussi en l’armée de Roi de France chercher ses frères ainsi que le chemin pour aller chez ses parents car elle y allait souvent.
– Multiplions nos chances au cas où l’un de nos messagers ne parvienne pas à destination. Non point que je n’aie confiance en toi, Bergerette, mais quelque chasseur pourrait abattre le geai ou quelque malheur pourrait également arriver à l’autre messager que je vais envoyer. Ma chienne apportera, elle aussi, donc un message. Mais puisque parler elle ne peut point, autant écrire.
Elle écrivit donc :
— Mes frères, venez de suite : mon mari veut me tuer. C’est un assassin qui a tué de nombreuses femmes. Il m’a tendu un piège en attisant ma curiosité pour avoir une excuse nécessaire à ma mort. Il y a non seulement moi, mais aussi notre sœur Anne qui vit en ce moment avec nous jusqu’au retour du monstre et que, jamais sûrement, il ne laissera jamais repartir en vie à présent, mais également cette pauvre Bergerette, qui en chez lui travaille, et un moine, le Père Jacques, qui, ayant été kidnappé et séquestré en sa tour lui sert de force d’éclaireur pour quelque turpitude que nous ignorons encore, mais qui en sait maintenant irrémédiablement trop pour qu’il le laisse en vie plus longtemps.
Dans la nuit noire, le geai parlant partit à toute volée. Et la petite chienne, lettre en sa gueule, courut derechef sans aucunement point s’arrêter en quelques lieux, sinon d’abord la maison de la gente dame, puis la caserne des Dragons et celle des Mousquetaires du Roi où les frères exerçaient leur devoir. Au lever du soleil, il avait fait son devoir.
Barbe-Bleue revint de son voyage dès tardivement la nuit-même, et dit qu’il avait reçu des lettres, en chemin, qui lui avaient appris que l’affaire pour laquelle il était parti venait d’être terminée à son avantage. Catherine et la Bergerette firent tout ce qu’elles purent pour lui témoigner qu’elles étaient ravies de son prompt retour.
Il découvrit la fleur fanée et en fit la remarque, lui demandant si, par hasard, elle ne serait point rentrée en l’une des pièces interdites.
Se souvenant des conseils de la Bergerette, elle dit :
- Que non, mon époux, je vous suis restée obéissante, mais, en votre absence, j’ai eu grand malaise et suis tombée du côté droit où vous posâtes la rose en mes cheveux. Je suppose qu’en tombant, j’ai dû abîmer cette dernière.
Barbe-Bleue réfléchit et pensa que cela était fort bien possible car, même magique et programmée pour une raison spécifique à se faner, sa sorcellerie (car il était à ses heures maître-sorcier bien que ses différentes épouses l’eussent ignoré) possédait des limites quant aux plantes et elles se fanaient quand on s’approchait d’une trop grande source de chaleur ou bien que l’on abimait ces dernières par accident, comme tomber par exemple.
Heureusement qu’il avait pensé à donner la clé magique et parlante.
Il était tard cependant et il fut résolu d’aller se coucher. Peu importe ce qu’il s’était passé, il réclamerait les clés le lendemain après une bonne nuit de repos.
Toute la nuit, la Bergerette et Catherine tinrent conseil de guerre : elles prévinrent la sœur de Catherine, Anne, des méfaits du monstre.
La Bergerette convint qu’il fallait, de toute manière, rendre la clé et qu’il comprendrait tôt ou tard la vérité.
Il fallait cependant essayer de gagner du temps pour permettre aux secours d’arriver et les voir de loin.
On convint avec le père Jacques qu’il garderait sa tour comme si de rien n’était, la Bergerette s’occuperait d’une autre et Anne serait le guet de la tour Ouest.
A la condition que l’on réussisse à convaincre le monstre de laisser à Catherine le droit à un dernier souhait, ce qui n’était guère certain.
Le lendemain, il lui demanda les clefs ; et elle les lui donna, mais d’une main si tremblante, qu’il devina sans peine tout ce qui s’était passé. « D’où vient, lui dit-il, que la clef du cabinet n’est point avec les autres ? — Il faut, dit-elle, que je l’aie laissée là-haut sur ma table.
— Ne manquez pas, dit Barbe-Bleue, de me la donner tantôt. »
Après plusieurs remises, il fallut apporter la clef. Barbe-Bleue, l’ayant considérée, dit à sa femme : Pourquoi y a-t-il du sang sur cette clef ?
— Je n’en sais rien, répondit la pauvre femme, plus pâle que la mort.
— Vous n’en savez rien ! reprit Barbe Bleue ; je le sais bien, moi. Vous avez voulu entrer dans le cabinet et sans doute aussi la chapelle et… vous avez sans doute aussi trouvé d’autres preuves incriminantes contre moi ailleurs ? ! D’ailleurs, je n’ai qu’à le demander à la clé parlante et magique : Petite clé, petite clé magique, réponds à ton possesseur, dis-moi la vérité : ta maîtresse en les lieux interdits est-elle entrée ?
La clé se mit à rire diaboliquement et déclara :
– Catherine et la Bergerette sont entrées dans tous les lieux secrets et interdits, même les introuvables : le cabinet, la chapelle et même la grotte sous la colline. Elles méritent amplement toutes deux de mourir, y compris le père Jacques et Anne, la sœur de Catherine, qui ont participé aux explications ou ont été mises au courant et de ce fait, deviennent des témoins indésirables.
Barbe Bleue se fâcha rouge :
— Eh bien, madame, vous y entrerez et irez prendre votre place auprès des dames que vous y avez vues.
Catherine se jeta aux pieds de son mari en pleurant et en lui demandant pardon, avec toutes les marques d'un vrai repentir, de n'avoir pas été obéissante. Elle aurait attendri un rocher, belle et affligée qu’elle était ; mais Barbe-Bleue avait le cœur plus dur qu'un rocher.
De ce moment, la haine était si intense, plus qu’elle ne l’avait jamais été chez lui, qu’il ne la vouvoyait guère plus.
— Il faut mourir, Charogne, dit-il, et tout à l'heure. Va t'habiller, monte dans ta chambre, prends ta robe de mariée, et descends ! Tu seras pendue au huitième croc de fer.
— Puisqu'il faut mourir, répondit-elle en le regardant les yeux baignés de larmes, donnez-moi un peu de temps pour prier Dieu.
— Je te donne un demi-quart d'heure, reprit Barbe-Bleue ; mais pas un moment davantage.
Barbe-Bleue descendit dans la cour, pour affiler son coutelas sur la pierre. Tout en affilant son coutelas, il disait :
— « Affile, affile, coutelas. — Par le cou de ma femme tu passeras[2]. »
Catherine et la jolie Bergerette écoutaient toutes tremblantes.
Catherine remonta vite en sa chambre et déclara vite à la Bergerette et à sa sœur Anne.
— Ma sœur Anne, monte, je te prie, sur le haut de la tour Ouest pour voir si mes frères ne viennent point : s’ils te voient, fais-leur signe de se hâter. Jolie Bergerette, dépêche-toi d’aller en la tour Sud. Le Père Jacques est déjà aux aguets en la tour Nord.
Ainsi fut fait et chacun gagna son poste.
Dans la cour, Barbe-Bleue affilait toujours son coutelas sur la pierre.
— « Affile, affile, coutelas. — Par le cou de ma femme tu passeras.
— Bergerette, jolie Bergerette, que vois-tu du plus haut de la tour Sud ?
— Madame, du plus haut de ma tour, je vois le soleil qui rayonne. Je vois la mer. Je vois les montagnes et les plaines. »
— Anne, ma sœur Anne, vois-tu rien venir depuis la tour Ouest ?
Et la sœur Anne lui répondait :
— Je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l'herbe qui verdoie.
Dans la cour, Barbe-Bleue affilait toujours son coutelas sur la pierre.
— « Affile, affile, coutelas. — Par le cou de ma femme tu passeras.
Interrogé, le Père Jacques répondit lui aussi qu’il ne voyait point d’arrivée depuis la tour Nord.
Catherine monta doucement, sans se faire entendre, sept marches de l’escalier menant à la tour Sud.
Pendant ce temps, Barbe-Bleue aiguisait son coutelas :
— Aiguise couteau coutrille. Pour couper le cou à la belle fille.
Barbe-Bleue, tenant son grand coutelas à sa main, criait de toute sa force à sa femme :
— Descends vite, ou je monterai là-haut.
— Encore un moment, s'il vous plaît, lui répondait sa femme ; et aussitôt elle criait tout bas :
— Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir depuis la tour Ouest ? Et vous, Père Jacques, depuis la tour Nord ? Et toi, jolie Bergerette depuis la tour Sud ? ?
Et tous de répondre :
— Je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l'herbe qui verdoie.
Et Catherine monta sept autres marches menant à la tour Sud.
Pendant ce temps, Barbe-Bleue aiguisait son coutelas :
— Aiguise couteau coutrille. Pour couper le cou à la belle fille.
— Descends donc vite, criait Barbe-Bleue , ou je monterai là-haut.
— Je m'en vais, répondait Catherine ; et puis elle criait :
— Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir depuis la tour Ouest ?
— Je ne vois, répondit la sœur Anne, qu’une grosse poussière qui vient de ce côté-ci…
— Sont-ce mes frères ?
— Hélas ! Non, ma sœur : c'est un troupeau de moutons…
— Père Jacque, ne voyez-vous rien venir depuis la tour Nord ?
Et le père Jacques répond la même chose.
— Bergerette, jolie Bergerette, que vois-tu du plus haut de la tour ?
— Madame, vos trois frères sont une lieue plus près. Sauvez votre vie, si vous pouvez. Il leur faut le temps de venir jusqu’ici et ensuite de faire le tour pour se diriger vers le nord du château où se trouve l’entrée !
Et Catherine grimpa encore sept marches de l’escalier menant à la tour Sud.
Pendant ce temps, Barbe-Bleue aiguisait son coutelas :
— Aiguise couteau coutrille. Pour couper le cou à la belle fille.
— Ne veux-tu pas descendre, Charogne ? criait Barbe-Bleue.
— Encore un moment, répondait Catherine ; j’ai fini de prier. Je m’habille en robe de mariée, comme vous le souhaitez !
— À la bonne heure !
Et Catherine faisait attendre sa toilette à son mari.
— Es-tu prête, Charogne ?
— Je prends mon jupon de dentelle et mes beaux souliers.
— Père Jacques ! Et vous, Anne, ma sœur Anne, ne voyez-vous rien venir ?
— Nos frères viennent de passer la tour Ouest et se dirigent vers le Nord afin d’atteindre l’entrée du château !
Et Catherine de grimper à nouveau sept marches de l’escalier menant à la tour Sud. Et de s’éloigner le plus possible de son mari.
— Es-tu prête, Charogne ?
— Pas encore. Je mets mon corsage et ma couronne d'oranger.
— Le temps me dure, Charogne, dit Barbe-Bleue ; dépêche-toi !
— Je n'ai plus qu'à mettre ma coiffe et mon mouchoir de dentelle.
Et Catherine criait aussi :
— Ô, mon bon père Jacques, ne voyez-vous rien venir depuis la tour Nord ?
— Si ! Je vois vos frères à cheval qui marchent comme le vent ! Ils ont le blason de votre famille sur leur uniforme. Celui que vous m’avez montré tout à l’heure.
Catherine redescendit alors en courant vers sa chambre, enfin rassérénée : les secours avaient tardé mais ils étaient derechef arrivés.
— Dieu soit loué ! s'écria-t-elle un moment après, ce sont mes frères. Je leur fais signe tant que je puis de se hâter.
La Barre-Bleue se mit à crier si fort que toute la maison en trembla. La pauvre Catherine descendit :
— Oui, je suis prête !
Et elle alla se jeter à ses pieds tout éplorée et tout échevelée.
— Cela ne sert de rien, dit Barbe-Bleue ; il faut mourir.
Puis, la prenant d'une main par les cheveux, et de l'autre levant le coutelas en l'air, il allait lui abattre la tête. La pauvre femme, se tournant vers lui, et le regardant avec des yeux mourants, le pria de lui donner un petit moment pour se recueillir.
— Non, non, dit-il, recommande-toi bien à Dieu ; et, levant son bras… Personne ne te sauvera tant que le pont-levis est levé, Charogne ! Toi, la Bergerette, le Père Jacques, ta sœur, il est temps pour vous tous de mourir : aucun témoin ne doit vivre de mes crimes !
Les domestiques entendirent trois chevaux trépigner devant le pont-levis du château. Complices du maître, ensorcelés par ce dernier à défaut de la Bergerette qui avait résisté, et de certains autres qui y avaient fait croire, personne ne se risquait à abaisser le pont-levis en question.
Pourtant, on l’entendit retomber lourdement sur le sol et les cavaliers y entrèrent.
Qui avait pu les faire entrer ? Qui avait pu abaisser ce pont-levis que personne ne voulait abaisser ?
Barbe-Bleue lâcha sa femme, et siffla ses trois dogues, grands et forts comme des taureaux.
Sabre au poing, les deux frères arrivaient sur la plate-forme de la tour.
— Hardi, mes frères. À mon secours. »
Pendant une heure d’horloge, bêtes et gens firent bataille.
La partie semblait perdue car les trois frères ne pouvaient rivaliser avec le monstre et ses dogues surentraînés et mortels.
Ils étaient si occupés à se tenir protégés de l’assaut des fauves que Barbe-Bleue les blessait presque atrocement mais non encore mortellement.
Soudain, apparut Goose-Tony, le mystérieux disparu, qui, armé d’un bon bâton, en donna un par surprise à l’arrière du crâne de Barbe-Bleue qui ne l’avait point vu venir.
Le dément s’empala seul sur l’épée d’un des trois frères et y mourut.
Les trois dogues, grands et forts comme des taureaux, le rejoignirent bientôt, très vite en Enfer.
Ses trois Barbe-Bleue tomba mort avec ses trois dogues, grands et forts comme des taureaux.
La pauvre Catherine était presque aussi morte que son mari, et n'avait pas la force de se lever pour embrasser ses frères. Alors la dame leur a dit que là-haut dans la tour était enfermé le père Jacques, qu'ils ont délivré.
Quant à Goose-Tony, il expliqua avoir fui le château avant le départ de Barbe-Bleue puis y avoir séjourné en cachette pour surveiller les actions de son amie Catherine et trouver lui aussi des preuves contre le dément.
Lors du retour de ce dernier, il s’était dissimulé dans une salle jamais et attendait le bon moment pour faire entrer les secours si tout moyen d’entrer dans le château en était devenu impossible depuis l’intérieur à cause des complicités voulues ou non.
Les frères, qui, rappelons-le, étaient l’un dragonnier et l’autre mousquetaire, dirent à leur sœur qui peinait à se tenir debout après si rude journée :
— Petite sœur, ce gueux et ses bêtes ont fini de mal faire. Partons. Nous avons pris ses clés. Nous reviendrons mettre au jour les preuves de ses crimes.
Le frère aîné prit sa sœur en croupe. Le cadet prit la jolie Bergerette. Au coucher du soleil, ils arrivaient au château de leurs parents.
—Bonjour, mon père. Bonjour, ma mère. Vous m’avez pleurée comme morte, et morte je serais, au château de Barbe-Bleue, sans l’amitié de cette jolie Bergerette.
Tous s’embrassèrent, comme des gens bien heureux de se revoir.
À souper, le frère cadet parla.
— « Écoutez, mon père. Écoutez, ma mère. Je suis amoureux de la jolie Bergerette. Si vous ne me la donnez pas pour femme, demain je repars pour la guerre. Vous ne me reverrez jamais, jamais.
— Mon fils, fais à ta volonté. Ta jolie Bergerette aura pour dot le château de Barbe-Bleue si ta sœur y consent. Encore faut-il qu’il n’ait point d’héritier connu…
Les preuves furent accablantes contre le mort. Et le Père Jacques constata que l’homme aux mille visages avait enfin trouvé la mort. Il en fut grandement soulagé.
Il témoigna devant la justice comme complice du meurtrier d’abord. Cependant, il fut révélé qu’il n’était qu’une victime menacée elle aussi et de plus un enquêteur qui traquait le monstre depuis des dizaines d’années.
Le père Jacques annonça la liste des victimes connues de Barbe Bleue, du moins qu’il connaissait : plus de cent victimes recensées, dont certaines ont réussies à lui échapper seulement par pur miracle.
Il fut prouvé que Barbe Bleue se livrait à un trafic de contrebande et que, de plus, il avait des parts dans le commerce négrier.
La jolie Bergerette témoigna également en la défaveur de son ancien maître ainsi que le page Goose-Tony.
Pour ce qui est de la Bergerette, elle se maria en effet avec le frère sauveur aîné. Et, comme il se trouva que Barbe-Bleue n’avait point d'héritiers, sa femme Catherine demeura maîtresse de tous ses biens et accepta de donner le château maudit en dot lors du mariage de son frère et de la jolie Bergerette. Elle en employa une partie à marier sa sœur Anne avec un jeune gentilhomme dont elle était aimée depuis longtemps ; une autre partie à acheter des charges de capitaine à ses deux frères, et le reste à se marier elle-même à Goose-Tony, qui lui fit oublier le mauvais temps qu'elle avait passé avec Barbe-Bleue.




PROVENANCE DES PERSONNAGES ET DES CONCEPTS :

La Bergerette = Barbe Bleue (Gascogne)
Le Père Jacques = Le Père Jacques (Vendée, conte du cycle Barbe Bleue)
La chapelle aux trois cercueils et aux trois fantômes = Barbe-Bleue (Auvergne)
Goose-Tony = Barbe Bleue (Estonie)
Le père dans la forêt = Barbe-Bleue (Grimm)
Barbe Bleue aux pouvoirs sorciers= L'oisel Emplumé (Grimm)
La clé qui parle et se moque = Barbe Bleue (Gascogne)
La grotte aux noyés = Barbe Bleue (Flamand)
Ne vous-tu (ne voyez-vous) rien venir = perrault, Gascogne, Père Jacques
Structure servant de noyau a l’assemblage = Perault
Rose magique qui flétrit si on entre dans l'une des salles interdites === El Diable (Venise)
Décpaitiation et têtes posées sur la table=== Barbe Bleue (Estonie)
Barbe Bleue deja criminel dès le départ et traqué par le roi = Barbe Bleue (Gascogne)

il existe des versions où il n'y a aucune salle interdite = Barbe rouge (Bretagne) , Barbe Bleue (Auvergne), le chevalier Barbe d'Or (Suisse)
des versions ou la belle affronte Barbe Bleue seule sans aide ou bien sauve aussi ses sœurs (parfois en les ramenant à la vie)= Auvergne, El Diable, Les fiancées de l'Ours
ou d'autres ou elel le tue en trouvant une arme dans la chambre interdite (tu y es entrée ? oui ! Vlan !) : Le savetier et ses trois filles.
Des versions n'ont donc pas été retenues au montage mais auraient pu en faire partie integrante.
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Monsieur Vilak
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Re: Montage en un seul conte de plusieurs variantes populaires de AT312 - La Barbe Bleue

Message par Monsieur Vilak »

J'aime bien la version que j''ai connue enfant dans le livre ci-dessous :
Il est énorme, 364 pages!

Image
Prend Goldorak, parles-en, rassemble les gens qui partagent cette passion et rend la plus vivante.
Au final, il y aura encore plus de Goldorak pour toi-même et pour le monde.

Merci Monsieur Huchez...

WIKIRAK
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Pambou
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Re: Montage en un seul conte de plusieurs variantes populaires de AT312 - La Barbe Bleue

Message par Pambou »

merci
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